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Hillbilly Tome 1 : Fables et contes de fées façon comics

 

Il m’arrive de temps à autre de feuilleter dans une librairie un album au hasard. Sans grande conviction… Afin d’en juger l’histoire et le graphisme à travers une rapide lecture en diagonale… La plupart du temps, l’ennui ou l’engouement sont au rendez-vous, là où je les attend. Mais régulièrement, une parution vient me surprendre là où je ne l’attendais pas, me rappelant qu’il est toujours bon d’essayer, même quand l’à priori est mitigé. Hillbilly d’Eric Powell (The Goon) publié par Delcourt Comics est un de ces albums-là.

 

Les grandes lignes en trois points

1. L’univers

Hillbilly c’est tout d’abord un univers très original : L’histoire prend place dans un lieu imaginaire. L’endroit rappelle furieusement le Kentucky ou le Tennessee des années 1850… Bref pensez bouilleurs de gnôle des collines, grandes forêts, pneumonie, madame Ingalls et chasse au grizzly.

Vous y êtes ?

Féérie à l’ancienne oblige, pas de pitié pour les enfants.

Ajoutez-y maintenant de la féérie (je fais ici volontairement l’impasse sur le terme de dark fantasy) . Oui, de la féérie : précisément comme dans les contes pour enfants (avant leur adaptation par Disney) lorsqu’ils étaient là pour nous apprendre que la vie c’est dur, ironique et parfois cruel, vous vous rappelez. Cette version originale de la petite sirène ou de blanche neige qui contre toute attente vous a ruiné le moral un mercredi après-midi ? C’est de ce genre de conte et de fable dont je vous parle.

Cette féérie-là, en apparence naïve mais recelant mille drames et sagesses, avec ses sorcières et ses monstres, ses maléfices, ses charmes, et surtout ses morales toutes en nuances de gris, parfois amères….

Le monde de Hillbilly est ainsi peuplé de créatures abjectes et calculatrices, d’animaux parlants, d’objets enchantés ou ensorcelés. C’est un lieu où les apparences sont souvent trompeuses, un lieu drapé de mystère, recelant merveilles et dangers.

2. Le héros

Rondel: Un gars qui dit-on, se la pète…

C’est ici qu’intervient notre héros : chasseur de monstres et autres créatures magiques en tous genres, armé d’un très lourd couperet (qu’il aurait piqué au diable mais ceci est une autre histoire…), il traque le mal en compagnie de son Ours géant. Occupation assez virile me direz-vous, mais ce n’est pas tout ! Ajoutez à cela le fait que notre héros est aveugle, et systématiquement drapé dans le mystère d’un passé que l’on sent à la fois lourd et haut en couleur, et vous en conviendrez, on commence sérieusement à mettre les pieds dans la badassitude la plus crue. Au final, le seul point faible ce héros plus qu’enthousiasmant, c’est son prénom : Rondel. Sur ce point, c’est indéfendable : je ne sais pas, ça doit sûrement bien sonner aux USA, mais dans le monde francophone, c’est assez dommage quand même.

3. Le graphisme

Quand je vous disais que c’était joli mais sobre.

Niveau graphisme c’est joli, mais sobre : pas de couleurs flashy, les dominantes de couleur sont marquées, le graphisme est à la fois dynamique dans le trait et doux dans la teinte. On retrouve du crayon, du feutre, des pastels gras. Le rendu oscille entre le croquis et le lavis… Très joli et toujours propice à fixer des ambiances irréelles.

 

La beauté de l’oeuvre

Si Hillbilly se distingue par une chose, c’est par la nature de son histoire. À mille lieues de tout manichéisme et écrasant au passage quelques règles de narration établies, cet album est en un sens une compilation de contes et de fables imbriquées en poupées russes les uns dans les autres.

Alors en pratique comment ça se passe ? C’est simple, Rondel est un homme solitaire, presque sauvage, et en tant que pourfendeur du mal patenté, c’est une véritable légende dans sa région, une de ces légendes dont on se demande si elles sont vraies ou non. Chaque rencontre dans l’histoire revêt de ce fait une certaine solennité. En fait il s’agit même de cette solennité propre aux contes de fées où chaque mot semble prononcé avec sagesse ou malice. Une question est posée, les anecdotes s’étirent, se transforment en pages racontant l’espace de quelques minutes une autre histoire. Parfois, une partie de la vérité est exposée… Ou pas.

Dans tous les cas, une chose est certaine : en tant que lecteur, on est avide de chaque information qui, il faut le dire, vient superbement étoffer ce héros somme toute assez farouche et mutique. Et c’est ainsi que les petites fables s’enchaînent, sans jamais lasser car un fil rouge mène malgré tout l’histoire : quelque chose est effectivement en train de se jouer…

Là où Hillbilly charme, c’est qu’il est véritablement soigné. La nature des histoires et la morale que chacune distille en fait une œuvre intelligente. Pas de facilités et de lapalissades, l’auteur amène vraiment le lecteur à faire des constatations parfois dérangeantes sur des thèmes tels que le bien, le mal, la vérité, la tromperie, les apparences, le pardon. C’est une lecture très contrastée ou l’action violente, surnaturelle, toujours badass et inflexible, côtoie l’intelligence d’une réflexion parfois complexe sur des concepts apparemment simples.


En résumé

Hillbilly fera l’affaire pour vous divertir, mais également pour vous faire réfléchir sans jamais vous ennuyer. C’est un livre qui ne manque pas d’être joli sans faire usage de charmes racoleurs. L’aspect féérique voire poétique du tout est sûrement en partie lié au choix des artistes, mais jamais on ne sombre dans la mièvrerie. Grâce à un savant dosage d’humour noir et d’un certain sens de la philosophie, Powell rend les injustices, la cruauté et les drames de ce monde beaucoup plus digestes car ils sont là dans un but autre que de distiller de la violence.

 

Avis personnel

Peut-être était-ce parce que je n’en attendais pas grand-chose à la base, mais ce premier album m’a vraiment conquis, et j’ai très hâte de découvrir les deux suivants. Hillbilly est ce type de lecture qui m’a vraiment permis de retrouver les sensations des premières lectures étant enfant. Cette impatience à l’idée de découvrir un monde complètement original et surprenant, d’en savoir plus sur ce héros charismatique et forcément intimidant, l’ambiance abrupte des contes de fées de Grimm… Voilà ce que tout cela m’a rappelé. Une sorte de madeleine de Proust en somme. Qu’il s’agisse de suivre l’histoire principale, ou de découvrir les anecdotes et légendes circulant sur Rondel, l’intérêt ne tarit pas.Une lecture qui, si elle ne perd pas en qualité avec les albums suivants, aura pour moi une place spéciale dans ce paysage de plus en plus normalisé des comics. Coup de cœur à suivre…

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